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Tirer le diable par la queue [Katrina Eversfield]

Une fois n'était pas coutume, il pleuvait à verse, sur la ville de demain. Ce climat humide et lugubre promettait un début de soirée froide sur fond de ciel noir, un temps poisseux et automnal qui aurait davantage évoqué la cité voisine de Métropolis : Gotham, ou sa lointaine équivalente californienne arpentée par l'archer vert. Loin des clichés, la météo s'était permise de tordre le cou aux idées reçus, en arrosant généreusement les toits de la métropole, jusqu'à faire naître des torrents minuscules aux bords des routes. Sur les deux côtés des rues, des américains douchés contre leur volonté se pressaient, qui pour trouver un abri, qui pour s’engouffrer en quatrième vitesse dans sa voiture. Jason, trempé des pieds à la tête, était de ceux qui hâtaient simplement le pas pour arriver plus vite à destination. En bon anglais, il n'éprouvait aucune aversion pour la pluie. D'ordinaire, il en aurait écouté le raffut timide sur son parapluie en souriant doucement aux piétons moins préparés, mais pas cette soirée. Ses tympans étaient mis à contribution, en ce moment, par un sortilège qui ferait naître à ses oreilles le grondement du Tartare dès qu'il s'approcherait d'une source d'influence démoniaque. De plus, après une semaine de nuits courtes qui avaient grignoté sans vergogne son sommeil, le druide s'était volontairement exposé aux éléments pour se redonner un coup de fouet. N'ayant pas sur le dos sa tenue noire de l'escadron mais ses effets personnels (en mauvais état), le trentenaire n'éprouva aucun remord à détremper veste, pantalon, chaussettes et chemise, pour le seul bénéfice de se faire passer gratuitement une eau fraîche sur la nuque et le visage.

Fairmount avenue... Fairmount avenue...

Tout en marchant vers le New Troy, quartier prestigieux de la métropole, le britannique observa l'eau qui coulait sur les façades vitrées, ou qui donnait aux lampadaires un lustre étincelant, cherchant au passage à repérer l'avenue qui lui servirait à orienter sa recherche. Même sous un climat maussade, Métropolis conservait son éclat de propreté artificielle (au moins près de son centre-ville), fruit d'une politique urbaine largement financée par quelques grands noms du monde des affaires. En bon représentant d'anciennes traditions, et natif du vieux monde, Jason goûtait peu à cette évolution perpétuelle vers le neuf, bâti en matériaux composites révolutionnaires et offrant toujours plus de nouvelles fonctionnalités. Veillant à conserver la silhouette du Daily Planet sur sa droite, il tourna à l'angle d'une rue débordant de magasins aux enseignes encore allumées, pour tomber sur un panorama qu'il connaissait désormais par cœur : une artère large avec d'un côté un restaurant rouge et bleu au nom slave et de l'autre une enfilade de hêtres, le tout dominé par les masses de plusieurs buildings, dont un orné d'un logo en forme de " G " auréolé de néons oranges. Fairmount avenue. Un frisson de soulagement et d'appréhension (possiblement aussi de froid) secoua le corps du trentenaire, qui crispa les poings dans ses poches.

Le cheval déchu d'Eden en ces lieux réside. L'ambition l'amène vers ceux que la gloire guide.  Affirma Etrigan dans son esprit, en employant des paraboles dont le sens échappait à d'autres que lui.

Son hôte n'avait pas besoin des interventions du démon pour savoir vers quoi il se dirigeait : un artefact, déposé parmi les mortels par un félon désireux de propager chaos et discorde à son seul bénéfice. Les cauchemars du druide lui avaient montré des groupes déchirés, des discussions hurlées par des individus dont les habits soulignaient l'importance. Souvent, les avertissements oniriques avaient mis en scène l'ascension prodigieuse d'un chanceux, ou d'une chanceuse, inconscient d'être suivi de près par la forme noire d'un conseiller qui gâtait perfidement son chouchou de présents volés. Un chevalier radieux portant pour oriflamme un serpent souriait par devant au fortuné pour se changer en spectre ricaneur dès que son élu lui tournait le dos, tandis que les flammes ocres de l'enfer coulaient au sol. Parmi les récurrences de ces visions, l'anglais officiant pour le compte d'A.R.G.U.S. avait noté l'avenue Fairmount, la tour du célèbre organe de presse de Métropolis, ainsi qu'une salle de réception baignée d'une lueur orange, avec en son centre, une table figurant la septième lettre de l'alphabet. Ce n'était qu'à présent, confronté au réel, qu'il parvenait à cerner ce que figuraient ses rêves ; lesquels avaient un sens figuré, et lesquels étaient à prendre au pied de la lettre. Au vue de l'intensité de ses aperçus du futur, le mage clairvoyant suspectait un événement de menacer Métropolis.


What are you up to, Eligor? Quel citoyen de la haute société auras-tu piégé, duc des abysses ?  Songea Jason, en s'adressant indirectement au démon qu'il poursuivait.

Prononcer ou penser fortement au nom de certaines entités millénaires pouvait suffire à leurs faire entendre les mots qui leurs étaient adressés. L'anglais avait pris l'habitude de partir du principe que ses réflexions intérieures ne tombaient jamais dans l'oreille d'un sourd, et s'attendit à sentir venir une réponse du concernée. Il allait, d'une manière ou d'une autre, se retrouver confronté à Eligor, et préféra se signaler en amont, ne serait-ce que pour détourner son attention. Parmi les ducs de l'Enfer, il était l'un des plus affables, souvent pris (à tort) pour un bienveillant tuteur de l'au-delà qui guida chevaliers, nobles et industriels vers le succès. Hélas, la chaleur de son timbre n'avait d'égale que la froideur de sa compassion : Eligor se nourrissait des échecs, et n'alimentait la réussite des mortels que pour en intensifier la chute et la déchéance une fois élevés au sommet de leur parcours. À la tête de plusieurs légions, il guettait inlassablement le moyen d'accroître ses forces dans le but de conquérir de nouvelles parcelles sur les terres infernales. Avoir choisi d'ourdir son nouveau projet dans le quartier des affaires, sans doute lors d'une soirée tenue au sommet d'une tour, ne lui ressemblait que trop. Comme pour confirmer ses suppositions, des craquements rauques montèrent aux tympans de Jason. Tel un somnambule suivant un chemin qu'il était le seul à déceler, le druide aux cheveux plaqués par la pluie s'invita dans le hall d'un immeuble éblouissant, s'attirant des regards outrés et des mines hostiles. Il ignora ces réactions (trop souvent soulevées par son apparence au sein de la bourgeoisie) pour déterminer de quelle direction lui venaient les indices sonores en changeant régulièrement l'orientation de sa tête. Pendant ce temps, l'eau de pluie qu'il avait accumulée dans les fibres de ses vêtements goutta sur le dallage immaculé habillant le sol de l'immeuble, pour le malheur de la personne qui avait péniblement récuré chaque pouce dudit dallage. L'hôte d'Etrigan attendit un peu pour avoir la confirmation qu'il devait monter dans les étages, puis s'avança jusqu'à un réceptionniste du lotissement qui se préparait déjà à lui refuser la charité.


Excuse me, Demanda poliment le britannique en forçant son accent, c'est bien ici que se tient la soirée ? Tenta-t-il, en remettant de l'ordre dans ses cheveux pour se donner un air vaguement acceptable.

La réponse fut sèche et cinglante : on s'intéressa froidement à l'identité de Jason, qui devait en principe figurer sur la liste des invités pour qu'il puisse se joindre aux hôtes de M. Granite. Ayant obtenu la confirmation qu'il cherchait, le druide regarda droit dans les yeux le réceptionniste, pour lâcher à son intention :


Èist ri na tha thu a 'sùileachadh.

Croyant entendre un nom qui convenait à sa requête, le gardien sourit soudainement à l'intrus, l'invitant à prendre l'ascenseur. Le mage s'exécuta, perdant de vue le hall lorsque les portes rutilantes de la cabine se fermèrent sur lui. Immédiatement après, on annonça au PDG des fonds d'investissement Granite que Miles Van Vliet venait d'arriver.


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Gone, gone the form of Man !
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Mer 5 Déc - 21:22
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Vous connaissez l’expression « la chance vous sourit »? Moi, depuis quelques temps, elle ne me fait pas que me sourire, elle m’envoie des petits baisers et des clins d’œil! C’est fou! Tout a commencé il y a quoi… Quelques semaines de ça en fait, plus ou moins? Je me promenais dans le centre-ville de Metropolis et je me suis dit que je pourrais bien regarder pour un somptueux collier pour une personne chère à mon cœur. Je fais donc un arrêt dans une des nombreuses bijouteries des lieux, toutes réputées et irréprochables et il s’avère que je vois cet homme qui décide de vendre un superbe anneau. Si comme moi vous êtes habitué au monde de la haute société, vous savez dans ce cas que les commerçants ne sont pas des escrocs, non, ce sont des assassins qui vous égorgent avec leurs prix de fou furieux et leur propension à l’avarice!
 
D’un coup d’œil, j’estime au bas mot à 3750$ l’anneau en question. La vendeuse lui en propose à peine 900$. C’est moins du quart de la valeur de ce que moi j’estime et j’ai un bon œil pour ce genre de choses. Dépité, l’homme s’en va et moi… Je veux cet anneau! Hey vous, que je lui dis, votre anneau, je vous l’achète 4000$. Des fois, je me dis, que j’aurais estimé à la baisse. Pourquoi payer plus cher? Parce qu’il va m’aller au doigt comme un gant cet anneau et en plus c’est plein d’engravures comme l’Anneau Unique dans le Seigneur des Anneaux. Je vais faire des jaloux, c’est moi qui vous le dit et au sein de la Haute, il FAUT impressionner. Trop content, l’homme accepte, me donne l’anneau et s’en va. Je vais faire évaluer ledit bijou et en fait, il vaut autour de 3800$. Perdre 200$? Peccadilles. En retournant vers la bijouterie, je vois un attroupement.
 
Qu’est-ce que c’est? Un concours. Et on peut gagner quoi? Une voiture grand luxe? Bof. J’en ai déjà plusieurs… Mais bon, je pourrais toujours la donner à Jennifer! Je prends un billet, je le remplis, je le remets au préposé et le tirage, que j’apprends était sur sa fin, commence. L’homme à côté de moi, un être absolument détestable, me dit que franchement, les femmes ne devraient pas participer, qu’on est des dangers publics sur la route, le classique. Je l’ignore et finalement, c’est mon nom qui est tiré! En colère, le gros imbécile donne un coup de poing contre la table du pauvre employé… Et il se brise le poignet l’abruti! Non mais quel imbécile! Bien fait pour lui! En prenant les clés et en signant les papiers, je me souviens que je dois appeler un de mes planificateurs financiers. Mes actions en bourse, quoi. Ça sonne, il décroche et… Ah bon?
 
Apparemment, des actions que je ne me souviens pas d’avoir acheté ont pris une valeur de fou furieux et me voilà plus riche de quelques millions supplémentaires. Je décide de texter un de mes « rivaux », un autre membre de la Haute et on m’apprend qu’il est à l’hôpital. Comment ça tentative de suicide? Ruiné? Mais on parle d’une fortune de près d’un demi-milliard de dollars! Alors ça… Et jusqu’à aujourd’hui, moi, toute la chance du monde, le reste du monde, la malchance. Du coup… Autant tester une théorie. Ce soir, c’est du lourd. Le PDG des fonds d'investissement Granite donne une soirée. C’est une des occasions de se ramasser tout un prestige. Naturellement, je suis invitée et parmi les plus grandes fortunes de Metropolis seront présentes. De toutes les personnes présentes, le PDG est venu me saluer en premier. À moi la première page des journaux demain!
 
En fait je le dois presque à quelqu’un d’autre. Si cette cruche de Lindsey Spears ne mettait pas des talons aussi extravagants aussi. Je me suis foulé la cheville, qu’elle chiale.  Ensuite, je me dirige vers le buffet et je remarque qu’on sert une cuvée hors de prix de chez hors de prix. Ah mais j’en veux. Un verre de vin n’a jamais tué personne. Chance pour moi, il n’y en a plus après mon « verre ». Et franchement, est-ce que Keith Westwood, baron de la viande, ne pourrait-il pas faire un effort? S’étouffer avec l’olive de son cocktail! Et voilà qu’ils le sortent en civière en plus. Je discute enchères en ligne avec cette vieille sèche de Margaret Winslow, justement, j’en gagne une de justesse et au lieu de me féliciter, elle ruine mon moment en faisant une crise cardiaque! Mais ils le font tous exprès ce soir pour être chiant ou quoi? Ce n’est pas possible à la fin!
 
Du calme, Katrina. Du calme. Je me dirige de nouveau vers le buffet et me croiriez-vous si je vous dis que je trouve un billet de cent dollars, par terre, comme ça? Je n’ai même pas le temps de me réjouir qu’un autre couillon ruine le tout. Choc anaphylactique. Allergie aux crevettes. ESPÈCE DE CON, POURQUOI AVOIR PRIS DE LA MOUSSE DE CREVETTES ALORS?! Ah mais vous savez, il n’a jamais eu de réaction aussi violente avant, bla, bla, bla… C’en est trop! Il y a une petite salle vide à côté, avec une fontaine : je vais aller m’y asseoir cinq minutes avant d’étrangler quelqu’un. Imbéciles. Bras cassés. Au moins, la chance me sourit et j’ai un super bel anneau au doigt. Mon anneau. Mon p… Ah oui, il faudrait que je texte Jennifer, un peu plus tard. Elle s’inquiète quand je sors sans garde du corps. Allons donc. Je suis Lady Luck. Je suis invincible!
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Jeu 6 Déc - 2:48
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