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Tirer le diable par la queue [Katrina Eversfield]

Une fois n'était pas coutume, il pleuvait à verse, sur la ville de demain. Ce climat humide et lugubre promettait un début de soirée froide sur fond de ciel noir, un temps poisseux et automnal qui aurait davantage évoqué la cité voisine de Métropolis : Gotham, ou sa lointaine équivalente californienne arpentée par l'archer vert. Loin des clichés, la météo s'était permise de tordre le cou aux idées reçus, en arrosant généreusement les toits de la métropole, jusqu'à faire naître des torrents minuscules aux bords des routes. Sur les deux côtés des rues, des américains douchés contre leur volonté se pressaient, qui pour trouver un abri, qui pour s’engouffrer en quatrième vitesse dans sa voiture. Jason, trempé des pieds à la tête, était de ceux qui hâtaient simplement le pas pour arriver plus vite à destination. En bon anglais, il n'éprouvait aucune aversion pour la pluie. D'ordinaire, il en aurait écouté le raffut timide sur son parapluie en souriant doucement aux piétons moins préparés, mais pas cette soirée. Ses tympans étaient mis à contribution, en ce moment, par un sortilège qui ferait naître à ses oreilles le grondement du Tartare dès qu'il s'approcherait d'une source d'influence démoniaque. De plus, après une semaine de nuits courtes qui avaient grignoté sans vergogne son sommeil, le druide s'était volontairement exposé aux éléments pour se redonner un coup de fouet. N'ayant pas sur le dos sa tenue noire de l'escadron mais ses effets personnels (en mauvais état), le trentenaire n'éprouva aucun remord à détremper veste, pantalon, chaussettes et chemise, pour le seul bénéfice de se faire passer gratuitement une eau fraîche sur la nuque et le visage.

Fairmount avenue... Fairmount avenue...

Tout en marchant vers le New Troy, quartier prestigieux de la métropole, le britannique observa l'eau qui coulait sur les façades vitrées, ou qui donnait aux lampadaires un lustre étincelant, cherchant au passage à repérer l'avenue qui lui servirait à orienter sa recherche. Même sous un climat maussade, Métropolis conservait son éclat de propreté artificielle (au moins près de son centre-ville), fruit d'une politique urbaine largement financée par quelques grands noms du monde des affaires. En bon représentant d'anciennes traditions, et natif du vieux monde, Jason goûtait peu à cette évolution perpétuelle vers le neuf, bâti en matériaux composites révolutionnaires et offrant toujours plus de nouvelles fonctionnalités. Veillant à conserver la silhouette du Daily Planet sur sa droite, il tourna à l'angle d'une rue débordant de magasins aux enseignes encore allumées, pour tomber sur un panorama qu'il connaissait désormais par cœur : une artère large avec d'un côté un restaurant rouge et bleu au nom slave et de l'autre une enfilade de hêtres, le tout dominé par les masses de plusieurs buildings, dont un orné d'un logo en forme de " G " auréolé de néons oranges. Fairmount avenue. Un frisson de soulagement et d'appréhension (possiblement aussi de froid) secoua le corps du trentenaire, qui crispa les poings dans ses poches.

Le cheval déchu d'Eden en ces lieux réside. L'ambition l'amène vers ceux que la gloire guide.  Affirma Etrigan dans son esprit, en employant des paraboles dont le sens échappait à d'autres que lui.

Son hôte n'avait pas besoin des interventions du démon pour savoir vers quoi il se dirigeait : un artefact, déposé parmi les mortels par un félon désireux de propager chaos et discorde à son seul bénéfice. Les cauchemars du druide lui avaient montré des groupes déchirés, des discussions hurlées par des individus dont les habits soulignaient l'importance. Souvent, les avertissements oniriques avaient mis en scène l'ascension prodigieuse d'un chanceux, ou d'une chanceuse, inconscient d'être suivi de près par la forme noire d'un conseiller qui gâtait perfidement son chouchou de présents volés. Un chevalier radieux portant pour oriflamme un serpent souriait par devant au fortuné pour se changer en spectre ricaneur dès que son élu lui tournait le dos, tandis que les flammes ocres de l'enfer coulaient au sol. Parmi les récurrences de ces visions, l'anglais officiant pour le compte d'A.R.G.U.S. avait noté l'avenue Fairmount, la tour du célèbre organe de presse de Métropolis, ainsi qu'une salle de réception baignée d'une lueur orange, avec en son centre, une table figurant la septième lettre de l'alphabet. Ce n'était qu'à présent, confronté au réel, qu'il parvenait à cerner ce que figuraient ses rêves ; lesquels avaient un sens figuré, et lesquels étaient à prendre au pied de la lettre. Au vue de l'intensité de ses aperçus du futur, le mage clairvoyant suspectait un événement de menacer Métropolis.


What are you up to, Eligor? Quel citoyen de la haute société auras-tu piégé, duc des abysses ?  Songea Jason, en s'adressant indirectement au démon qu'il poursuivait.

Prononcer ou penser fortement au nom de certaines entités millénaires pouvait suffire à leurs faire entendre les mots qui leurs étaient adressés. L'anglais avait pris l'habitude de partir du principe que ses réflexions intérieures ne tombaient jamais dans l'oreille d'un sourd, et s'attendit à sentir venir une réponse du concernée. Il allait, d'une manière ou d'une autre, se retrouver confronté à Eligor, et préféra se signaler en amont, ne serait-ce que pour détourner son attention. Parmi les ducs de l'Enfer, il était l'un des plus affables, souvent pris (à tort) pour un bienveillant tuteur de l'au-delà qui guida chevaliers, nobles et industriels vers le succès. Hélas, la chaleur de son timbre n'avait d'égale que la froideur de sa compassion : Eligor se nourrissait des échecs, et n'alimentait la réussite des mortels que pour en intensifier la chute et la déchéance une fois élevés au sommet de leur parcours. À la tête de plusieurs légions, il guettait inlassablement le moyen d'accroître ses forces dans le but de conquérir de nouvelles parcelles sur les terres infernales. Avoir choisi d'ourdir son nouveau projet dans le quartier des affaires, sans doute lors d'une soirée tenue au sommet d'une tour, ne lui ressemblait que trop. Comme pour confirmer ses suppositions, des craquements rauques montèrent aux tympans de Jason. Tel un somnambule suivant un chemin qu'il était le seul à déceler, le druide aux cheveux plaqués par la pluie s'invita dans le hall d'un immeuble éblouissant, s'attirant des regards outrés et des mines hostiles. Il ignora ces réactions (trop souvent soulevées par son apparence au sein de la bourgeoisie) pour déterminer de quelle direction lui venaient les indices sonores en changeant régulièrement l'orientation de sa tête. Pendant ce temps, l'eau de pluie qu'il avait accumulée dans les fibres de ses vêtements goutta sur le dallage immaculé habillant le sol de l'immeuble, pour le malheur de la personne qui avait péniblement récuré chaque pouce dudit dallage. L'hôte d'Etrigan attendit un peu pour avoir la confirmation qu'il devait monter dans les étages, puis s'avança jusqu'à un réceptionniste du lotissement qui se préparait déjà à lui refuser la charité.


Excuse me, Demanda poliment le britannique en forçant son accent, c'est bien ici que se tient la soirée ? Tenta-t-il, en remettant de l'ordre dans ses cheveux pour se donner un air vaguement acceptable.

La réponse fut sèche et cinglante : on s'intéressa froidement à l'identité de Jason, qui devait en principe figurer sur la liste des invités pour qu'il puisse se joindre aux hôtes de M. Granite. Ayant obtenu la confirmation qu'il cherchait, le druide regarda droit dans les yeux le réceptionniste, pour lâcher à son intention :


Èist ri na tha thu a 'sùileachadh.

Croyant entendre un nom qui convenait à sa requête, le gardien sourit soudainement à l'intrus, l'invitant à prendre l'ascenseur. Le mage s'exécuta, perdant de vue le hall lorsque les portes rutilantes de la cabine se fermèrent sur lui. Immédiatement après, on annonça au PDG des fonds d'investissement Granite que Miles Van Vliet venait d'arriver.


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Mer 5 Déc - 15:22
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Vous connaissez l’expression « la chance vous sourit »? Moi, depuis quelques temps, elle ne me fait pas que me sourire, elle m’envoie des petits baisers et des clins d’œil! C’est fou! Tout a commencé il y a quoi… Quelques semaines de ça en fait, plus ou moins? Je me promenais dans le centre-ville de Metropolis et je me suis dit que je pourrais bien regarder pour un somptueux collier pour une personne chère à mon cœur. Je fais donc un arrêt dans une des nombreuses bijouteries des lieux, toutes réputées et irréprochables et il s’avère que je vois cet homme qui décide de vendre un superbe anneau. Si comme moi vous êtes habitué au monde de la haute société, vous savez dans ce cas que les commerçants ne sont pas des escrocs, non, ce sont des assassins qui vous égorgent avec leurs prix de fou furieux et leur propension à l’avarice!
 
D’un coup d’œil, j’estime au bas mot à 3750$ l’anneau en question. La vendeuse lui en propose à peine 900$. C’est moins du quart de la valeur de ce que moi j’estime et j’ai un bon œil pour ce genre de choses. Dépité, l’homme s’en va et moi… Je veux cet anneau! Hey vous, que je lui dis, votre anneau, je vous l’achète 4000$. Des fois, je me dis, que j’aurais estimé à la baisse. Pourquoi payer plus cher? Parce qu’il va m’aller au doigt comme un gant cet anneau et en plus c’est plein d’engravures comme l’Anneau Unique dans le Seigneur des Anneaux. Je vais faire des jaloux, c’est moi qui vous le dit et au sein de la Haute, il FAUT impressionner. Trop content, l’homme accepte, me donne l’anneau et s’en va. Je vais faire évaluer ledit bijou et en fait, il vaut autour de 3800$. Perdre 200$? Peccadilles. En retournant vers la bijouterie, je vois un attroupement.
 
Qu’est-ce que c’est? Un concours. Et on peut gagner quoi? Une voiture grand luxe? Bof. J’en ai déjà plusieurs… Mais bon, je pourrais toujours la donner à Jennifer! Je prends un billet, je le remplis, je le remets au préposé et le tirage, que j’apprends était sur sa fin, commence. L’homme à côté de moi, un être absolument détestable, me dit que franchement, les femmes ne devraient pas participer, qu’on est des dangers publics sur la route, le classique. Je l’ignore et finalement, c’est mon nom qui est tiré! En colère, le gros imbécile donne un coup de poing contre la table du pauvre employé… Et il se brise le poignet l’abruti! Non mais quel imbécile! Bien fait pour lui! En prenant les clés et en signant les papiers, je me souviens que je dois appeler un de mes planificateurs financiers. Mes actions en bourse, quoi. Ça sonne, il décroche et… Ah bon?
 
Apparemment, des actions que je ne me souviens pas d’avoir acheté ont pris une valeur de fou furieux et me voilà plus riche de quelques millions supplémentaires. Je décide de texter un de mes « rivaux », un autre membre de la Haute et on m’apprend qu’il est à l’hôpital. Comment ça tentative de suicide? Ruiné? Mais on parle d’une fortune de près d’un demi-milliard de dollars! Alors ça… Et jusqu’à aujourd’hui, moi, toute la chance du monde, le reste du monde, la malchance. Du coup… Autant tester une théorie. Ce soir, c’est du lourd. Le PDG des fonds d'investissement Granite donne une soirée. C’est une des occasions de se ramasser tout un prestige. Naturellement, je suis invitée et parmi les plus grandes fortunes de Metropolis seront présentes. De toutes les personnes présentes, le PDG est venu me saluer en premier. À moi la première page des journaux demain!
 
En fait je le dois presque à quelqu’un d’autre. Si cette cruche de Lindsey Spears ne mettait pas des talons aussi extravagants aussi. Je me suis foulé la cheville, qu’elle chiale.  Ensuite, je me dirige vers le buffet et je remarque qu’on sert une cuvée hors de prix de chez hors de prix. Ah mais j’en veux. Un verre de vin n’a jamais tué personne. Chance pour moi, il n’y en a plus après mon « verre ». Et franchement, est-ce que Keith Westwood, baron de la viande, ne pourrait-il pas faire un effort? S’étouffer avec l’olive de son cocktail! Et voilà qu’ils le sortent en civière en plus. Je discute enchères en ligne avec cette vieille sèche de Margaret Winslow, justement, j’en gagne une de justesse et au lieu de me féliciter, elle ruine mon moment en faisant une crise cardiaque! Mais ils le font tous exprès ce soir pour être chiant ou quoi? Ce n’est pas possible à la fin!
 
Du calme, Katrina. Du calme. Je me dirige de nouveau vers le buffet et me croiriez-vous si je vous dis que je trouve un billet de cent dollars, par terre, comme ça? Je n’ai même pas le temps de me réjouir qu’un autre couillon ruine le tout. Choc anaphylactique. Allergie aux crevettes. ESPÈCE DE CON, POURQUOI AVOIR PRIS DE LA MOUSSE DE CREVETTES ALORS?! Ah mais vous savez, il n’a jamais eu de réaction aussi violente avant, bla, bla, bla… C’en est trop! Il y a une petite salle vide à côté, avec une fontaine : je vais aller m’y asseoir cinq minutes avant d’étrangler quelqu’un. Imbéciles. Bras cassés. Au moins, la chance me sourit et j’ai un super bel anneau au doigt. Mon anneau. Mon p… Ah oui, il faudrait que je texte Jennifer, un peu plus tard. Elle s’inquiète quand je sors sans garde du corps. Allons donc. Je suis Lady Luck. Je suis invincible!
Katrina M. Eversfield
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Mer 5 Déc - 20:48
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[HRP]Un. Mois. D'attente.  
Toutes mes plus plates excuses   [/HRP]



L'intimité de l'ascenseur ne rendit que plus perceptible le grondement croissant du sortilège de détection aux oreilles de son bénéficiaire, qui eut de surcroît  à subir les réflexions (toujours détestablement justes) d'Etrigan dans son esprit modérément reposé. Coutumier des tergiversations de son alter-ego, Jason préféra observer sa réflexion dans les parois de la cabine, puisqu'il s’apprêtait à rejoindre les rangs d'invités triés sur le volet pour une soirée privée ; son jumeau inversé lui retourna silencieusement un regard aussi humide que ses vêtements dégouttant sur le sol. S'il se présentait ainsi, le service d'ordre risquait de l'expulser sans se poser de question. Autant dire que le britannique avait jusqu'à la fin de l'ascension pour se rendre présentable – et pour procéder à une divination mineure un peu tardive. Avant de se lancer dans le moindre tour de magie destiné à améliorer son apparence, il vérifia (comme toujours) ses environs.

Pour aller vadrouiller sans permission, à nouveau tu déroges à la règle.
Ne crains-tu pas que nous finissions par agacer la femme aux yeux d'aigle ?


Pendant que le fils de Belial se piquait de lui rappeler une évidence dérangeante, le trentenaire nota la présence de caméras là où il se trouvait, et oublia donc la possibilité de se sécher par magie. Faute de pouvoir employer la solution optimale, il se rabattrait sur un glamour de banalité pour éviter de choquer les invités, en se fondant artificiellement dans la masse. En revanche, une petite augure ne risquait pas d'apparaître sur un écran de surveillance – et allait être de mise.

Using each permision I have to work extra hours would not qualify as anything less than dedication. Dans l'escadron, je dois être le seul qui utilise son temps libre pour faire la même chose que lorsque je suis en uniforme, je vois mal en quoi je risque d'agacer ma... Supérieure. Ne put s'empêcher de rétorquer celui que la provocation titillait.

Waller personnifiait la laisse désagréable mais nécessaire que le druide s'était obligé à nouer fermement autour de son cou. Elle suivait des objectifs que l'anglais jugeait contestables, voire condamnables ; depuis son intégration, il avait été amené à faire des choses que son code moral aurait réprouvé (et qui, par corollaire, contentaient Etrigan). La directrice d'A.R.G.U.S. avait commencé par tester son obéissance en lui confiant volontairement des tâches visant à heurter ses principes, le britannique n'en doutait pas. Cette méthodologie militaire de formatage par la force lui laissait encore un goût amer en bouche. Pour autant, les structures susceptibles de contenir une créature des enfers en pleine rage meurtrière se comptaient comme les poils sur le crâne d'un vieux dunter niché dans sa ruine. Passé son aversion pour les organismes secrets gouvernementaux privilégiant les résultats à la manière, le trentenaire avait malgré lui fini par apprécier de pouvoir se reposer sur les protocoles de sécurité de sa geôle pour lâcher un peu la bride à son démon intérieur. Après des années à devoir veiller seul à ce que son alter-ego se tienne tranquille, Jason vivait enfin dans un cadre lui autorisant des relâchements mentaux. La qualité de son sommeil en était ressortie légèrement améliorée. De plus, sous réserve qu'il remplisse ses missions, il se voyait occasionnellement autorisé à gérer certains problèmes hors du cadre officiel d'A.R.G.U.S. L'agence continuait bien sûr de le surveiller, mais lui ménageait une appréciable liberté de manœuvre.

Tandis qu'il préparait mentalement son prochain sort, le druide pianota avec ses doigts sur son pantalon, les bras le long du corps, l'esprit clair comme l'eau d'une source irlandaise. Lorsque les portes s'ouvriraient sur l'étage de la réception de Granite, il se retrouverait dans une zone possiblement nimbée par l'influence d'un démon. Un démon puissant, si il fallait se fier à l'intensité du grondement que le mage percevait. Le druide fléchit discrètement l'index et l'annulaire de sa main droite avant de les étendre pour plier le majeur et compléter son incantation purement gestuelle, laissant la magie divinatoire lui signaler si oui ou non, Dawn Golden se trouvait dans la tour. Aucun fourmillement humide ne lui chatouilla l'intérieur de la paume, et il s'en estima heureux. Une fois rendu à hauteur de la réception, Jason allait être noyé dans des grondements – que lui seul percevrait - d'une intensité handicapante, sans que ses sens ne puissent lui dire s'ils continuaient d'augmenter ou restaient à même volume. Se fier à son ouïe pour identifier quel invité précis portait sur lui l'objet serait impossible. Le sortilège de détection atteignant les limites de son intérêt, il le stoppa en murmurant
scoirfidh derrière son poing, simulant un toussotement qui cessa graduellement lorsque son ascension s'acheva... Sur un brouhaha de conversations alarmées.

What the? Réagit le nouvel arrivant, en apercevant une cohue accompagner un homme en brancard mis sous oxygène vers l'ascenseur dont il sortit in extremis et dans la plus grande indifférence. Au milieu des échanges pressés qui vrombissaient parmi les spectateurs de l'évacuation filtra l'information que ce n'était pas le premier invité de la soirée qu'il avait fallu emmener pour prise en charge médicale.

The clock is ticking. Songea le nouvel arrivant détrempé, en observant le malade disparaître tandis que lui-même s'immergeait dans la foule.

Qui nourrit pour autre que soi de la compassion sur cette terre pavée de bonnes intentions ? Commenta Etrigan, avec un mélange désorientant de lucidité sur la nature humaine et d'à-propos avec la scène qui venait d'avoir lieu.

Son hôte vit dans cette morgue sagesse le signe que le fils de Belial savourait assez la gravité de la soirée pour s'adonner à son péché mignon : partager quelques bribes de son incroyable savoir avec le britannique, tout en sachant pertinemment que ce dernier aurait l'esprit trop focalisé sur autre chose pour en profiter pleinement. La priorité de Jason ne fut pas de prêter une réelle attention aux grognements sagaces de son alter-ego, mais plutôt d'articuler aussi vite – et furtivement – que possible son sort.


Falaichte ann an sealladh soilleir.

Regards et coups d’œil passèrent soudainement au-dessus du mage sans plus le considérer qu'un meuble dénué d'apparat. Pour le bénéficiaire du charme, la sensation parut similaire à celle d'être réellement invisible, mais possédait en vérité davantage de limitations. Le glamour de banalité amoindrissait l'intérêt de son porteur aux yeux extérieurs, mais si celui-ci attirait volontairement l'attention sur sa personne, ou se retrouvait trop longtemps être le seul individu dans le champ de vision d'un observateur... Même inintéressante, toute chose finissait par se faire remarquer. Le druide, ébloui par le faste et l'éclat, s’aperçut à peine que la sécurité commençait déjà à rechercher un individu ayant très maladroitement usurpé l'identité du célèbre architecte Miles Van Vliet. Il sema sans s'en rendre compte ses poursuivants, naviguant parmi les groupuscules et le personnel en quête de l'hôte (et probable possesseur d'un artefact démoniaque) : Axel Granite (homme dont il ne savait rien, mais qui ressemblerait probablement à n'importe quel maître de cérémonie américain versant dans la finance). Le businessman étant certainement très accaparé par ses obligations, son poursuivant britannique perdit du temps à tenter de l'identifier en guettant le moment où le nom de l'intéressé serait prononcé par un convive. Lorsque, enfin, quelqu'un mentionna M. Granite, le très peu remarquable intrus fondit vers la piste... Et tomba sur une jeune femme éplorée dont la cheville présentait un gonflement notable. Couverte d'attentions, celle-ci revenait régulièrement sur les circonstances de sa blessure, obtenant d'un public (majoritairement masculin) acquis à sa cause des torrents de sympathie (et de la glace).

Let's see how many women fit that particular description. Monologua l'ennemi d'Eligor, en replongeant dans la foule avec une énergie renouvelée.

D'après les dires de miss Spears, une invitée avait profité de sa foulure, dans un étrange mélange de fortune et de déveine. L'ironie typique des malveillances du duc des enfers pouvait être à l’œuvre de ce coup du sort... Aussi bien qu'une banale coïncidence. Lever ce doute pouvait cependant élucider précocement le mystère motivant la présence du britannique à la soirée, et sauver de nombreuses vies, à commencer  par celle de la femme mentionnée par la blessée. Une femme dont Jason avait reçu un descriptif succin de la bouche de sa « victime », mais il n'était pas exclu que le peu d'éléments dont il disposait pour identifier sa suspecte lui suffisent. Ensuite, ne resterait qu'à procéder à un test rapide pour écarter (ou non) cette invitée de la liste des suspects.
Ce qui passerait par l'interruption du glamour de banalité.


Il sera alors temps de revenir à une illusion mineure, tissée à l'abri des regards, pour améliorera mon aspect. Décida l'inspecteur en herbes, qui n'eut droit à aucun rajout de la part d'Etrigan alors qu'il puisait un peu trop régulièrement dans ses réserves de magie.

Le général infernal ne devenait réservé qu'en peu d'occasions, aux rangs desquelles figurait le fait de se trouver en présence d'un rival. Le fils de Belial décelait les relents du pouvoir d'Eligor dans tout l'étage tel un fumet pestilentiel d'odeurs corporelles, son hôte le savait. Le rimeur se taisait comme un grand fauve se tient coi à l'amorce de son bond, prêt à tirer sur ses entraves mentales pour gagner le droit de laminer ce qui menaçait son autorité. Humain ou objet, la cible devait être détruite, du point de vue de la créature malfaisante, ce qui compliquerait nettement le travail de sa contrepartie humaine – qui composait déjà avec le risque d'être percée à jour par la personne influencée par le duc des enfers.

Quittant le couvert de la foule, le trentenaire aux vêtements toujours humides débarqua dans la salle où se trouvait une femme correspondant au descriptif qu'il avait en tête. Marmonnant dans sa barbe, le britannique s'arrêta près de la fontaine décorative, et soupira bruyamment après s'être passé une main sur le visage.


Feels like falling down the rabbit hole! Pesta-t-il, en jouant les excédés prenant à parti la première personne venue. Mon parapluie fétiche m'a été emporté par le vent à la sortie de l'avion, mon chauffeur privé m'a lâché suite à une chute, et en rentrant dans cette bloody tour, une civière a manqué de m'aplatir. Talking about a string of bad luck! C'est ahurissant, pas vrai ? Apostropha-t-il la brune. Quand la poisse vous talonne et vous suit telle une ombre que nulle lumière ne chasse...

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Mar 8 Jan - 17:43
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Je confirme qu’il s’agit probablement d’une des pires réceptions mondaines à laquelle j’ai été de toute ma vie. Déjà que l’exercice ne me plait pas particulièrement mais qu’il est absolument nécessaire pour maintenir son statut social… Comment les gens peuvent être aussi A) cons, B) maladroits, C) ligués contre moi pour ruiner ma bonne fortune? Ils sont jaloux. Tout simplement. Ils refusent d’accepter que la chance me sourit. Que je m’élève vers les cieux alors qu’ils chutent comme Icare après s’être brûlé les ailes! En fait, à bien y penser, pourquoi est-ce que je resterais ici si tout ce qu’on veut c’est me pourrir la vie? Je peux aller jouer avec ma chance n’importe où, après tout. Pourquoi pas… Un casino? En voilà une délicieuse idée! La fortune que je vais me faire au détriment de ces cloportes indignes de ma personne… Mais soyons encore plus ambitieuse. Pourquoi ne pas se présenter aux prochaines élections?
 
Katrina Eversfield, présidente des États-Unis… Ça sonne drôlement bien, vous ne trouvez pas? Et après, pourquoi pas, engager une équipe de scientifique, trouver un moyen de régler la faim dans le monde et soudainement, je ne serai plus la présidente des États-Unis mais la dictatrice éclairée dirigeant cette planète! Franchement, quelqu’un avec ma chance ne peut qu’amener l’humanité vers son âge d’or, son apogée! Aucun assassin ne pourrait me toucher. Aucun rival ne pourrait me nuire. Je serais… Invincible, en fait. Et éventuellement, pourquoi pas, immortelle. La déesse Katrina. Oui… J’aime comment ça sonne… La gardienne de la Terre, sa protectrice! Qui a besoin de Superman, un clochard de l’espace sans planète, un réfugié clandestin se prétendant au service de la veuve et de l’orphelin? De cet hypocrite de Batman se croyant au-dessus des lois?
 
Et après ça… Toutes ces puissances, entités et autres qui nous menacent… Annexons le reste de la voie lactée… Non. De la galaxie. De l’univers! Le temps, l’espace, les dimensions, les réalités, tous unies sous l’incarnation vivante de la chance! Rien ni personne ne saurait me résister! Tous des jaloux, des gens qui ne comprennent pas que leur salut passe par moi… Oh cet anneau et moi allons faire de grandes choses, de très grandes choses… Et comme pour toute chose, des sacrifices doivent être fait. Tout obstacle devra être impitoyablement être abattu, pour le bien du plus grand nombre. N’est-ce pas là l’inévitable fardeau de ceux qui sont destinés à la grandeur et à la gloire? Jennifer ne s’opposera pas à mes projets. Si elle avait le malheur de le faire, il ne faudrait pas faire de favoritisme et s’en débarras… HEIN?! Mais qu’est-ce qui me prend?
 
Jamais je ne ferais de mal à Jennifer voyons! JAMAIS! Je ne… Qui c’est celui-là? Mais espèce de sale petit emmerdeur, tu vas te barrer, oui? Je me fiche de ton malheur, de ta malchance et de qui tu es! En même temps, s’il veut être témoin de la naissance de celle qui va devenir la championne de l’humanité… Je suppose qu’il faut bien un messager pour répandre la nouvelle… En fait non. Il a un je ne sais quoi de malsain. Son aura… Oui… L’anneau et moi sommes d’accord… Il n’est pas là par hasard. Il en veut à mon ascension. Il en veut à mon anneau! Hors de question de le laisser faire! Il ne touchera pas à mon précieux! Mais prudence, Katrina, un être aussi fourbe te tuerait sans hésiter s’il savait que tu savais. Alors jouons le jeu. Et au moment où il s’y attendra le moins bien… Le monde se portera mieux sans un être si rempli de malice et de mauvaises intentions.

 
 « Comme c’est inintéressant. Désolé mon cher mais nous ne nous connaissons pas alors ce genre de familiarités est complètement déplacé. Ensuite, je ne sais pas d’où vous venez mais dans la haute société de Metropolis, on ne se plaint pas ainsi pour faire son intéressant sans qu’il y ait vraiment quelque chose de croustillant ou de juteux pour aller avec. Nouveau riche, c’est ça? Mon pauvre. Il va falloir tout vous apprendre je le crains… »

Surtout, surtout, ne pas mentionner la chance. On ne sait jamais...
Katrina M. Eversfield
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Mar 8 Jan - 22:43
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