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Vol et envol d'une pie chapardeuse [Margaret Sorrow]
À n'en pas douter, les changelings figuraient parmi les fæs les plus difficiles à traquer par magie. Campé, immobile, à hauteur des toits de Gotham qu'aucune goutte de pluie n'humidifiait, Jason se fit cette réflexion, les mains au fond des poches, ses cheveux maladroitement ramenés en arrière. La ville bruissait de ses klaxons et sirènes, mais le druide n'y prit pas garde, trop abîmé dans ses considérations folkloriques. Jason savait que, par nécessité, la grande majorité des créatures féeriques disposaient de la capacité de travestir leur apparence. L'humanité aurait depuis longtemps éradiqué le petit peuple, si les fæs n'avaient pas été en mesure de lui dissimuler leur existence. Ledit déguisement s'avérait neuf fois sur dix être un glamour : une illusion magique, destinée à tromper les sens des humains, et qui pouvait être percé à jour, ou détectée par un sort divinatoire. Hélas pour le guide touristique, les changelings figuraient dans les dix pour cent échappant à cette règle. Les plant cael, comme les gallois les nommaient, disposaient de la capacité unique d'altérer physiquement leur enveloppe, sans passer par le moindre charme ou sortilège. Si le renseignement qui lui avait été fourni était exact, le trentenaire châtain se tenait actuellement fasse aux exactions de l'un de ces changeformes. Or, ce dernier se trouvait manifestement à Gotham city avec l'intention de ne pas en partir insatisfait.
Dans son pantalon, Jason sera son poing d'impuissance, juste avant de se rappeler que sa colère risquait d'alimenter son démon intérieur. Celui-ci gronda d'ailleurs dans le crâne de son hôte humain, aussi indifférent à la souffrance et au morbide qu'à l'accoutumée.


Quel travail d'amateur... Est-ce censé faire peur ?

Le corps de la jeune femme avait été suspendu tête en bas, et dos au mur. On l'avait ancrée par les chevilles et les mains à la façade extérieure d'un immeuble, sur la petite portion de toit-terrasse accessible pour les maintenances. Seuls d'improbables piétons venants se promenant au sommet du bâtiment auraient pu trouver la victime, que (détail étrange) des pitons faits de roche taillée (et pas de métal) maintenaient en place. Cette bizarrerie ne surprit pas outre mesure l'observateur anglais. Les changelings étant des fæs, le contact du fer leur était insupportable. Hélas, également comme nombre de leurs semblables, ils pouvaient ôter la vie aux humains sans difficulté aucune. Amy Shuffle avait été écartelée avant de mourir, pour permettre à ses membres d'être disposés comme ils l'étaient ; d'importantes quantités de sang séché maculaient le béton. Son agresseur l'avait d'abord plaquée contre la façade, avant de lui mettre la tête en bas. Puis le premier piton avait été installé, causant une importante perte d'hémoglobine. Indifférent aux hurlements, le changeling avait continué, tirant et forçant sur les articulations pour amener l'autre pied là où il souhaitait l'ancrer, avant de parachever son œuvre en fixant les mains aussi bas que possible. Le corps semblait avoir été disposé en Y, mais il s'agissait plus vraisemblablement d'un Ogham irlandais. L'Eite, la « Plume » ; le symbole employé pour désigner le commencement d'un texte.

This is just the beginining... Les messages ne font que commencer. Gronda dans sa barbe le britannique.

Sous l'éclairage qui parvenait difficilement jusqu'à sa position, Jason discernait sur le visage de cette vétérinaire défunte les traits d'une suppliciée que le jeu d'ombre ne rendait que plus insoutenables. Même figée et inerte, la pauvre trentenaire semblait encore hurler à l'agonie. Si il avait pu s'y résoudre, le spécialiste des mythes arthuriens aurait détourné le regard, et quitté la scène une demie-heure auparavant, lorsque ses yeux étaient pour la première fois tombés sur Amy. Malheureusement, il lui incombait à lui d'enquêter sur ce meurtre.

Waller avait veillé à ce que la scène de crime ne soit ni découverte par le GCPD, ni dérangée par des curieux, afin que Jason puisse examiner à sa guise la macabre disposition du cadavre. La directrice d'A.R.G.U.S. lui avait fourni tous les éléments récoltés par l'agence : le nom de la victime, son emploi au vivarium de Gotham, et la cause supposée du décès (supposition basée sur l'angle impossible de la tête d'Amy) : son bourreau l'avait achevée en lui brisant violemment la nuque. Qu'il l'ait fait avant ou après avoir écrit son message, inscrit en lettre de sang, restait à déterminer.


Au moins, il a fini par décider d'abréger ses souffrances... Tenta – sans succès – de relativiser le britannique, à qui on avait imposé cette scène révoltante pour qu'il puisse traduire le texte attenant.

Les courbes nonchalantes des caractères prouvaient que l'auteur avait vécu à une époque où le Cornique s'utilisait comme n'importe quelle autre langage, avant qu'il ne devienne l'équivalent saxon du latin. « Rendez-moi mon bien, ou d'autres suivront » stipulait le message écrit en rouge sombre. Installé sur le toit de l'immeuble qui se dressait au nord de la ville, dans le quartier du Burnley, Jason expira longuement pour évacuer les nausées qui lui venaient. Le fait que l'air gothamite le mette déjà habituellement mal-à-l'aise rendit le challenge d'autant plus éprouvant pour son organisme.


Laisse-moi humer les parages ; le fautif a dû laisser séant son odeur. Je vais le trouver, lui arracher le cœur, puis retourner dans ma cage. Intervint Etrigan dans la psyché de son hôte, lequel perçut derrière cette proposition le désir sous-jacent du démon de renouer avec la liberté.

Incontestablement, le fils de Belial prévoyait de profiter de son contrôle sur le corps de Jason pour s'adonner à d'autres activités que la traque d'un plentyn cael. Le druide coexistait depuis suffisamment longtemps avec le général démoniaque pour lire par-delà les affirmations de façade de la créature... Hélas, solliciter Etrigan représentait l'approche la plus rapide pour stopper le changeling ; refuser d'employer le flair du limier infernal pouvait ralentir les recherches de Jason au point que d'autres victimes rejoignent Amy Shuffle.


Mais s'appuyer sur lui risque tout autant d'occasionner des morts. Grinça le trentenaire en son for intérieur.

Clio n'avait pas pu lui en dire beaucoup, sur le meurtrier, sinon qu'il résidait à Gotham city depuis deux ans – sous l'identité de Carm Breese, acteur gallois dans la fleur de sa quarantaine – et que la nuit précédente, un (ou une) cambrioleur/cambrioleuse lui avait dérobé son anneau de Crédit. Ce qui, pour la brownie, représentait une double catastrophe : le changeling, très possessif, était entré dans une colère noire en découvrant le larcin, ce qui promettait des scènes d'une violence rare dans la ville déjà bien infectée par la criminalité. S'ajoutait à cela le fait qu'un(e) mortel(le) possédait à présent un anneau enchanté démultipliant le charisme de son porteur. Si un changeling prétendant être comédien pouvait s'en servir pour rendre chacune de ses prestations scéniques mémorables, il aurait été naïf d'imaginer qu'un humain mal intentionné ne puisse pas lui trouver meilleur usage (comme rendre n’importe quel mensonge crédible, ou se doter d'un aura de commandement suffisant pour convaincre n'importe quel groupe d'individu de suivre ses ordres). La brownie avait contacté Jason en panique, redoutant que la colère du changeling ne déchire définitivement le voile qui dissimulait depuis des siècles l'existence des fæs aux yeux des humains. L'affectation de Waller avait suivi, ordonnant à son agent d'aller mettre son expertise à contribution dans une scène de crime à Gotham. Pour une fois, les objectifs personnels du druide convergeaient avec ceux liés à son statut de membre de l'escadron suicide.


Si je ne peux pas retrouver Carm, je peux toujours tenter de retrouver  son dû dérobé... Résolut le mage celte, en dévisageant le relief du Burnley comme s'il eut été un visage humanoïde.

Avant de quitter les lieux et de préparer son sortilège de localisation, Jason accorda une dernière minute d'hommage à la défunte. Sobrement, il implora les dieux de lui accorder un repos tranquille, puis lui fit un serment informel.


The responsible will be held accountable. Je ne compte pas quitter cette ville avant d'avoir stoppé cet individu.


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Mer 11 Juil - 18:12
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Vol & envole

d'une Pie chapardeuse


Jason Blood - Magpie
“ L’occulte a toujours fasciné l’inculte. ”  






" Il est vraiment magnifique "

Juchée sur l'un des nombreux toits de Gotham, profitant de l'air frais, la Pie admirait son précieux butin qui scintillait au clair de lune. Un splendide anneau, trouvé dans un appartement non loin de là. L'ancien propriétaire avait eu la maladresse de laisser une de ses fenêtres ouverte. Une aubaine pour le joli volatil qui n'avait eu aucune peine à s'y faufiler. Agile comme Scaramouche, silencieuse comme la savane de l'autre côté du fleuve, elle avait méthodiquement fouillé chaque recoin des différentes pièces. Laissant babioles, bijoux et richesses sans éclat, elle ronchonna quelques instants ne trouvant pas son bonheur. Mais enfin, elle tomba sur la perle rare. Une toute petite chose que la Pie avait saisi avec la plus grande délicatesse: un anneau doré. Ce butin en main, elle avait abandonné sa fouille. Se parant de l'objet de ses désirs, elle avait fui avec la même agilité pour se jucher sur l'un des nombreux perchoir en pointe de la ténébreuse ville.

Après de trop longues minutes de contemplation, la Pie se remit en vol. La nuit était loin d'être terminée. Une bijouterie ou un prêteur sur gage l'attendait quelque-part pour lui offrir ses plus beaux brillants. S'élançant dans la nuit, volant de toit en toit, elle s'arrêta brusquement. Son œil averti venait de repérer une silhouette dans les ténèbres à quelques rues de là. Cette silhouette, la Pie la connaissait bien. A ses yeux, elle était la Reine de la Nuit. Remarquant la direction prise par l'agile féline, Magpie se ravisa et prit une autre direction. La stratégie était élémentaire. En cas d'intervention de la police, cette dernière aurait deux cas opposés à gérer. Se rabattant sur un prêteur sur gage tout proche, elle rejoignit le plancher des moutons. Pénétrant dans la boutique encore ouverte, elle fit face à l'homme occupé au comptoir avec son habituel sourire malsain.

" Hola, petite commerçant. Tout ce qui est ici est à moi " Déclara-t-elle.

Ce dernier releva la tête et posa ses yeux sur l'irrésistible jeune femme devant lui. Son sourire, son visage. Elle ne pouvait qu'être honnête, que dire la vérité.

" A vous mademoiselle ? Oh, je ne savais pas. De nombreux clients sont venus me vendre toutes ces choses. Je ne savais pas qu'ils vous les avaient volé. " Dit-il tout penaud, contrastant avec son air patibulaire.

La petite Pie le regarda avec de grands yeux, médusée. Sur le point d'attaquer le commerçant et de lui injecter sa fameuse toxine, voilà qu'elle se retrouvait avec un individu serviable et aimable. C'était la toute première fois que l'on s'adressait ainsi à elle. Jusque-là, toutes ses rencontres nocturnes n'avaient été ponctuées que d'insultes, de mépris et de brutalité. Ne sachant comment réagir, elle se contenta de détourner le regard pour s'intéresser à une vieille croute accrochée au mur.  

" Je suppose que mademoiselle souhaite les récupérer... " Poursuivit le commerçant en se grattant l'arrière du crâne. " Heu... oui... mais je ne voudrais pas vous obliger. Ce qui brille suffira... " Répondit la Pie en s'abandonnant au mimétisme.

Laissant le prêteur sur gage rassembler ses "possessions", elle fit les cent pas, penaude. La situation était grotesque, échappait à toute logique. Elle était une voleuse. D’habitude les commerçant tremblaient de peur ou au moins essayait de l'abattre lorsqu'elle avait le dos tourné. Que se passait-il ? Tous ses futurs braquages allaient-ils se dérouler de la même façon ? Non. Elle ne pouvait l'accepter.

Relevant la tête, elle discerna un miroir et observa son reflet quelques instants. Non, ce n'était pas elle. Il s'agissait de quelqu'un d'autre. Un imposteur. Un leurre. La vraie Magpie volait, griffait, blessait. Elle ne se laissait pas servir comme une de ses perruches des quartiers chics. Qui osait ainsi la discréditer ?

Le regard de la jeune femme devint aussi noir que l'ébène. Son visage, déformée par la colère, ses membres tremblant sous la tension, elle se tourna vers le commerçant allant à sa rencontre avec son butin.

Tout le quartier fut réveillé par les fracas ininterrompus provenant de la boutique de cet escroc de prêteur sur gage. Les vitrines ayant volé en éclat, le trottoir fut rapidement jonché d'objets en tout genre. Finalement, l'alarme incendie sonna la fin du déchainement de haine. Les sprinklers se mirent en action et un volatil mouillé apparut sur le pas de la porte. Son fard à paupière noir coulant sur ses joues, sa coiffure plaquée sur son visage, les lèvres tremblantes, le regard vexé, la voleuse emprunta lentement le trottoir, tirant derrière elle un imposant sac.

Entendant une sirène au loin, la Pie fit monter le sac sur son dos et s'élança dans une ruelle. Repérant une gouttière, elle la remonta pour échouer sur le toit. Lançant son sac sur un toit voisin pour le récupérer à chaque fois, elle s'éloigna petit à petit du lieu de son méfait.

Arrêtant finalement ses acrobaties, la jeune femme se laissa tomber contre un bloc de climatisation, son précieux butin à ses côtés. Toujours aussi dépitée, elle se mit à ruminer son insupportable expérience. Jamais la Pie ne s'était sentit aussi mal.




CSS par Gaelle

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Dim 4 Nov - 15:34
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L'écho mouillé de ses pas sur le trottoir ne s'entendait pratiquement pas, par-dessus les autres sons de Gotham ; en conséquence, pouvoir discerner le bruit d'une personne hostile s'approchant dans son dos relevait de l'impossible, pour l'anglais en vadrouille sur le sol américain. Les limites palpables de sa vigilance lui pesaient sur les épaules comme un drap humide et sale. Chaque corneille, chien errant ou passant au regard un peu trop inquisiteur pouvait désormais s'avérer être Carm. Jason ne perdit pas cet aspect de l'enquête de vue, puisque sa main gauche ne s'éloignait jamais trop de la décoction de queue-de-loup qu'il avait en poche. Son attention resta toutefois concentrée sur sa bouteille d'eau, dont le contenu se répandait d'une manière peu commune dans le récipient en plastique, défiant les lois de la gravité pour former un fuseau aqueux. À l'instar d'un compas translucide, le liquide pointait vers l'anneau de Crédit du changeling, ce qui n'aurait pas manqué d'éveiller la curiosité des témoins si le druide ne s'était pas débrouillé pour discrètement masquer cette particularité aux gothamites dont il croisait la route. Aussi taciturne et maussade que la foule noctambule, le britannique marchait de rue en ruelles, remontant une piste dont il ignorait la longueur en espérant qu'un chevalier noir ne le précéderait pas dans sa filature. Lui, ou un autre des justiciers de l'ombre de cette ville si oppressante. À moins que ce ne soit le changeforme qui ne lui tombe dessus, pour une raison inconnue...

Si la peur t'étreint dès maintenant, qu'en sera-t-il quand tu verras le brigand aux doigts agiles ?  Etrigan, aigri de ne pas pouvoir s'emparer du corps de son hôte, se vengea en le confrontant à ses limites et en évoquant tout haut les doutes que le trentenaire cherchait à noyer au fond de son esprit.

Malheureusement pour Jason, le fils de Belial y résidait également, et adorait déterrer tout ce qu'il y trouvait de désagréable ou de déstabilisant. En s'excusant pour la millième fois sans doute, le guide touristique poursuivit son chemin dans les allées anxiogènes du quartier où sa traque le menait, laissant derrière lui un (ou une) piéton(ne) bousculé(e) parce qu'il s'occupait plus de l'eau de sa bouteille que du chemin devant lui. Ne restait qu'à espérer qu'il n'avait pas bousculé un membre de gang revanchard, ou une personne susceptible de vouloir le voler en lui mettant le couteau sous la gorge. Par mesure de précaution, il pressa le pas, sursautant lorsqu'un badaud shoota sans le vouloir dans un tesson de bouteille, et parcourut le cieux lourd au-dessus de sa tête pour vérifier qu'aucune forme n'en tombait. En dépit de sa formation au sein d'A.R.G.U.S. et de ses années passées à explorer des souterrains hantés ou des tanières de créatures monstrueuses, Gotham continuait de mettre les nerfs de l'anglo-saxon à vif, car la ville débordait de toutes ses hantises : Batman, la criminalité débraillée, Dawn Golden... Tant et plus de rencontres qui menaçaient de faire ressortir les pires émotion enfouies dans le cœur du druide. Seule sa détermination à honorer son récent serment à Amy Shuffle motiva l'hôte d'un démon à persévérer.

Parfaite illustration du climat vicié de Gotham : un vacarme assourdissant se répercuta jusqu'aux oreilles du britannique, qui y porta son attention par réflexe. Une alarme retentissait non loin, à l'angle de sa ruelle, entremêlée d'éclats de voix indiscernables. Les secours devaient déjà fondre vers l'épicentre des bruits, gyrophares allumés et sirènes enclenchées. Ce genre de scène avait atteint le stade de la banalité, la nuit, dans cette ville... Sauf que le compas d'eau de Jason s'agita droit dans la même direction, et commença à frémir. L'anneau était tout proche. Parcourant de ses yeux son environnement, le spécialiste des mythes celtiques guetta une silhouette sortant de l'ordinaire. À mesure qu'il marchait à grandes enjambées vers l'origine de l'alarme, des bulles dans sa bouteilles commencèrent à se former, jusqu'à imiter un liquide en ébullition – bien que l'eau soit toujours tiède. Le sortilège indiquait une forte proximité avec l'objet magique recherché. Pas vraiment discret, le guide touristique vagabonda jusqu'aux éclats de voix, dont les premières syllabes articulées montèrent aux tympans de l'anglais. De ces fragments de conversation entre témoins de la scène, il capta la description d'une furie griffue ayant pris le large, son lourd butin en main, avec un regard propre à stopper un taureau dans sa charge.


Must be her. Avec l'anneau, elle pourrait amplifier son allure menaçante jusqu'à se rendre incroyablement intimidante.  Songea l'hôte d'Etrigan, en continuant de tendre une oreille indiscrète pour apprendre dans quelle artère la responsable du désordre avait repris son chemin.

Nul ne veut la suivre, sauf toi ; leur courage me laisse pantois.

Le compas d'eau pointait vers les toits des immeubles proches. Plutôt que de vainement répliquer quoi que ce soit à son alter-ego, le trentenaire solitaire se concentra sur la façon dont il allait réussir à rejoindre la voleuse sur son perchoir (une femme dont il avait par ailleurs vu de récents témoignages de la brutalité, et qui était très susceptible de se montrer agressive à son encontre). Une voix rocailleuse se précipita pour lui suggérer de lui céder la place, mais le druide n'en tint pas compte (pour le moment). Jetant de multiples regards par-dessus son épaule, il vérifia minutieusement qu'aucun témoin ne le voyait s'engager dans une ruelle sombre, puis se dissimula à l'angle d'un immeuble couvert d'affiches délavées, et considéra avec une certaine appréhension la hauteur à laquelle il allait devoir s'élever. Sa réserve magique devait en théorie servir à alimenter un sort de clairvoyance qui annulerait les effets de majesté de l'anneau ; s'il consommait trop de ses forces dans un tour de magie pour voler, il ne lui resterait plus assez pour se protéger du charme de crédit. À voix basse, Jason se contenta de se lancer un enchantement mineur visant à stimuler son courage, puis il se dota de la clairvoyance de Dumiatis. Rasséréné par l'altération magique, le britannique grimpa de son mieux jusqu'aux toits (péniblement, en soupirant et suant) alternant les montées d'échelle et l'escalade aventureuse lorsque cela s'avérait nécessaire. Pendant son ascension, des véhicules du GCPD investirent le quartier, éclairant les façades de leurs nuances bleues et rouges. Quand, enfin, il arriva au sommet de son parcours, l'agent d'A.R.G.U.S. dut reprendre son souffle. Ses cheveux lui collaient au front, et il pouvait sentir la froideur humide du vent sur sa peau exposée. Maladroitement, sa main chercha la bouteille d'eau, dont il suivit l'aiguille aqueuse pour déterminer dans quelle direction reprendre son périple.

There she is. Triompha mentalement le citoyen de la couronne, qui, pourtant, n'était pas arrivé au bout de ses peines.

Restait le plus dur : récupérer l'anneau des doigts malandrins qui l'avaient emporté, en persuadant la jeune femme de restituer l'objet... Ou en lui prenant de force, comme l'espérait ardemment Etrigan, qui se demandait déjà quel goût auraient les phalanges de cette mortelle. Physiquement, celle-ci ne payait pas de mine : fluette, pâle et trempée, elle évoquait un volatile dont les plumes humides l'empêchaient de prendre son envol, et qui attendait avec frustration que son ramage noir sèche. Sans les ergots qui dépassaient de ses mains, Jason aurait pu avoir pitié de cette personne ; elle restait toutefois dangereuse, et lui était seul, fatigué, désarmé, sur un toit surplombant le vide de toutes parts. Tous ces handicaps pouvaient bien évident disparaître s'il laissait son alter-ego entrer en scène, mais le recours au fils de Belial n'était pas gratuit. En priorité, le britannique souhaitait boucler l'affaire sans jouer son atout maître.


Easy, easy... On se calme : je ne suis pas de la police.  Répéta l'anglais pour rassurer la blonde lorsque cette dernière nota sa présence. Mains ouvertes et positionnées face à son interlocutrice, il ne chercha pas à se montrer menaçant.  Et comme vous pouvez le voir, je ne porte pas de costume, donc je ne suis pas non plus un justicier venu vous arrêter.  Crut-il bon de préciser, même si ce point lui parut, avec le recul, assez évident.  I am not here to reclaim your goods either... Pour dire les choses comme elles sont, je me fiche de ce que vous avez volez. Je ne suis pas monté pour vous demander de restituer votre butin. Well... Pas tout votre butin.  Se reprit-il par honnêteté, tout en surveillant les alentours.

Cette voleuse n'avait aucune raison de croire en sa parole, ce qui dissuada Jason de mentionner d'emblée la menace du changeling qui pesait sur la porteuse de l'anneau. Paradoxalement, il souhaitait de toute son âme persuader son interlocutrice de coopérer avec lui avant que Cram ne débarque pour l'éventrer.


That ring... Depuis que vous l'avez mis, vous avez dû remarquer qu'il se passe des choses étranges, autour de vous, right?    Demanda doucement le druide, en restant à bonne distance de cette femme.  Les gens se comportent bizarrement, vos déclarations produisent des effets inattendus... Présuma l'agent d'A.R.G.U.S.  Toutes ces choses peuvent vous paraître très profitable, pour l'instant, mais je crains que cela ne dure pas. Vous avez accidentellement mis la main sur un objet dangereux, et si il peut rendre des services, il va surtout vous attirer des problèmes d'un genre que vous n'avez pas l'habitude d'affronter. Affirma très sérieusement l'hôte d'Etrigan, en plantant son regard marron dans celui, plus clair, de son interlocutrice.


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Jeu 8 Nov - 16:14
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